Nous avons toutes déjà vécu cette scène : dire « oui » par politesse, adapter notre emploi du temps pour arranger quelqu’un, puis sentir une contraction dans le ventre ou un épuisement sourd s’installer.
Dans nos parcours professionnels et personnels, tenir son cadre et faire respecter ses limites n’est pas une question de rigidité. C’est un acte nécessaire de protection de notre élan vital. Pourtant, le réflexe d’adaptation et la peur de décevoir prennent bien souvent le dessus.
Pour illustrer ce mécanisme si fréquent chez les femmes sous hautes responsabilités, j’aimerais vous partager une expérience concrète tirée de ma pratique d’accompagnement.
L’histoire d’Hortense : anatomie de trois fuites de cadre
L’an dernier, j’ai accompagné une femme — appelons-la Hortense.
Elle se sentait débordée. Elle vivait une période de grands changements, venant de quitter la région parisienne et son travail pour s’installer près de chez moi à Vence. Lors de notre première séance, nous avons travaillé sur sa peur de parler en public. Tout s’est déroulé avec fluidité et clarté.
C’est à la fin de la séance que j’ai commis ma première erreur de cadre : un peu par politesse, un peu par curiosité, je lui demande quel était son métier. Hortense s’est embarquée dans une tirade de 30 minutes pour me raconter son parcours en détail. Et moi, j’ai écouté sans rien dire.
Est-ce que ce partage était pertinent pour notre travail somatique commun ? La réponse est non. Je l’ai laissée me prendre mon temps et mon énergie, alors que c’est moi qui suis responsable du cadre d’accompagnement.
Le piège de la sur-adaptation
Le rendez-vous suivant est arrivé. Mais pas Hortense. Un quart d’heure après l’horaire convenu, je finis par l’appeler. Elle décroche, avoue m’avoir oubliée et me propose d’arriver 30 minutes plus tard.
Deuxième erreur de ma part : je m’adapte et j’accepte. Selon mes conditions de vente, j’aurais dû lui réclamer le règlement de la séance perdue avant de proposer un nouveau créneau. Mais j’avais du temps, un oubli peut arriver… L’idée n’est pas d’être rigide, mais j’aurais dû être alertée par l’épisode précédent et recadrer immédiatement.
Lorsqu’elle arrive enfin, elle m’annonce avoir accepté un poste exigeant qui requiert quotidiennement de s’adresser à un groupe. Une excellente nouvelle ! Nous travaillons sur la justesse de sa capacité d’adaptation. Cette fois, je veille à recentrer l’échange avec fermeté.
Quand le manque de limite mène à la rupture
Troisième rendez-vous : pas d’Hortense à l’horizon. Par message, je lui remémore mes conditions de vente et le cadre réservé. Elle finit par me recontacter plus tard, m’expliquant qu’elle a préféré donner la priorité aux préparatifs de son nouveau poste. Elle n’a pas le temps pour une séance, mais trouve le temps de m’expliquer ses déboires au téléphone.
Cette fois, je ne peux pas laisser passer : je lui demande de régler la séance. Elle rouspète, mais finit par s’exécuter après deux relances. Depuis, plus aucun signe de vie de sa part.
Le miroir de la perfection : ce qui se jouait réellement
On pourrait croire que je suis en colère contre Hortense. Après tout, elle m’a fait “perdre” du temps. Au contraire, j’ai pris cette situation comme un cadeau, une source d’expérience et d’apprentissages.
J’ai vu de manière limpide ce qui se jouait chez elle : elle-même souffrait de ne pas savoir poser ses limites.
En acceptant ce nouveau poste, elle voulait être irréprochable, parfaite, tout de suite. Elle ne s’est pas donné l’espace pour prendre le temps d’apprendre, faire des erreurs, dire non à ce qui était trop, ou simplement assumer d’être la débutante qu’elle était dans ce nouveau métier.
Plutôt que de poser des limites à sa hiérarchie ou à ses engagements extérieurs, elle a préféré sacrifier son propre espace de régulation et de soutien somatique.
Sortir du schéma de la « petite fille modèle »
Ce niveau d’exigence élevé envers soi-même est louable au premier abord… mais il est destructeur à long terme. Il affecte la confiance en soi — la perfection étant par définition inatteignable — et conduit inévitablement à l’épuisement.
C’est un schéma que nous sommes très nombreuses à connaître : la société et nos conditionnements nous ont appris à privilégier la gentillesse, la disponibilité et la conformité au détriment de nos propres besoins.
Pour restaurer son élan vital et développer une posture de leader solide, il est indispensable de remettre en question cette quête de perfection et d’apprendre une manière plus apaisée, juste et pérenne de fonctionner.
3 clés pour commencer à faire respecter son cadre
- Reconnaître le coût du “Oui” automatique : Chaque fois que vous dites « oui » par peur de décevoir, observez ce à quoi vous dites « non » en vous-même (votre repos, votre clarté, votre temps libre).
- Désamorcer le besoin de justification : Un cadre n’a pas besoin de dix couches d’explications pour être légitime. Une limite posée avec clarté et douceur protège la relation autant qu’elle protège votre énergie.
- Accueillir l’inconfort d’imposer une limite : Sentir sa gorge se serrer ou son cœur accélérer au moment de dire non est normal. C’est simplement le système nerveux qui enregistre la sortie de la sur-adaptation.
Et vous, où en êtes-vous avec vos limites ?
Que ce soit dans votre activité professionnelle ou dans votre vie personnelle :
- Avez-vous parfois du mal à tenir le cadre ou à faire respecter votre espace ?
- Acceptez-vous des compromis par peur de déranger, de décevoir ou de passer pour une personne “difficile” ?
- Sentez-vous que cette quête de perfection grignote votre énergie et votre clarté intérieure ?
Savoir poser ses limites et incarner une posture souveraine s’apprend..
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